La fascinante et inquiétante diversité des méduses
Leur beauté hypnotise autant qu’elle suscite la crainte ! Icônes pour les photographes sous-marins, véritable cauchemar pour ceux qui en ont fait l’amère expérience, les méduses brillent par leur incroyable diversité. Derrière leur apparente immobilité, ces créatures cachent pourtant des talents de chasseurs redoutables et leurs populations sont en constante augmentation, un phénomène qui ne laisse pas les plongeurs indifférents.

Méduses à profusion : un spectacle devenu fréquent
Imaginez : la mer est d’huile, le soleil brille, les conditions de plongée sont idéales. L’équipage s’arrête, prêt à se jeter à l’eau. Mais soudain, surprise ! Des méduses, innombrables, entourent le bateau. Cette vision, beaucoup de plongeurs l’ont déjà eue, dans tous les océans du globe.

Pourquoi ces pullulations inquiètent-elles ?
Les pullulations de méduses, observées aussi bien en Méditerranée que dans les mers tropicales, deviennent de plus en plus fréquentes. Parfois, d’immenses bancs, couvrant plusieurs dizaines de mètres carrés, dérivent au gré des courants. Si ces phénomènes de masse peuvent être naturels et liés à leur cycle de vie (notamment à la reproduction), des causes humaines accentuent largement ce phénomène :
- Réchauffement des eaux : des températures plus élevées stimulent la reproduction et la croissance des méduses.
- Eutrophisation : la pollution enrichit les eaux en nutriments, favorisant le plancton, principal aliment des méduses.
- Surpêche : la disparition de leurs prédateurs naturels libère la voie à leur prolifération.
- Pollution plastique : les méduses utilisent les morceaux de plastique flottants comme supports pour leurs larves, colonisant ainsi de nouveaux milieux.
- Transport d’espèces et modification des habitats : certains bouleversements humains introduisent aussi de nouvelles espèces dans des zones inédites.
Cette prolifération a des répercussions économiques (notamment sur l’aquaculture, la pêche et le tourisme), mais aussi écologiques, en bouleversant les réseaux trophiques. Un exemple frappant : au Japon, les pullulations de méduses géantes Nemopilema nomurai peuvent être si importantes que le poids cumulé des animaux fait chavirer des bateaux de pêche.
Le saviez-vous ? Autrefois, les méduses échouées et ramassées sur les plages étaient utilisées comme engrais.
Méduses : une architecture hors du commun
Des organismes quasi transparents et gorgés d’eau
Le nom « méduse » vient du naturaliste Carl von Linné qui, au XVIIIe siècle, s’est inspiré de Méduse, la célèbre créature mythologique. Les méduses appartiennent aux cnidaires (du grec knidē, « ortie »), embranchement qui regroupe aussi anémones et coraux. Elles vivent dans toutes les mers du monde, jusque dans les abysses.
Le saviez-vous ? Les méduses sont constituées à 96% d’eau de mer ! Le reste de leur corps est une substance gélatineuse appelée mésoglée. Leur morphologie classique : un dôme ou disque, avec en dessous une bouche entourée de tentacules ou filaments. Même si certaines espèces affichent des ombrelles de plusieurs mètres, les méduses appartiennent au plancton et se laissent porter par les courants, tout en étant capables de nager par propulsion.
On recense environ 3 500 espèces, majoritairement microscopiques, mais certaines peuvent être observées aisément en plongée. Leur cycle de vie se décline en deux phases : une forme fixée, le polype, puis une forme libre et nageuse, la méduse.

Méduses : des prédateurs discrets, mais efficaces
Derrière leur allure placide, les méduses cachent un arsenal redoutable. Tentacules, filaments – et même l’ombrelle – sont couverts de cellules urticantes particulières : les cnidocytes. Ces cellules contiennent un filament urticant replié dans une capsule (cnidocyste). Au moindre contact, le filament est projeté à une vitesse folle, injectant du venin et s’accrochant à la proie grâce à de puissants crochets. Chaque cnidocyte ne fonctionne qu’une fois, mais leur nombre et leur variété permettent d’identifier les espèces.
Les tentacules sont les principaux outils de capture. Plus ils sont longs et épais, plus la méduse peut capturer de grandes proies. Fait intéressant : certaines espèces dépourvues de tentacules, comme les rhizostomes, utilisent leurs bras buccaux pour se nourrir.

Une incroyable variété de formes et d’espèces
Les méduses se divisent principalement en trois catégories :
- Scyphozoaires : les « vraies » méduses, à la forme classique d’ombrelle. On y trouve, par exemple, la célèbre Pelagia noctiluca (petite méduse violette très présente en Méditerranée), ainsi que la méduse rayonnée Chrysaora hysoscella, la méduse œuf au plat Cotylorhiza tuberculata et les aurélies du genre Aurelia.
- Cubozoaires : les méduses cubiques, dont l’ombrelle évoque un cube. Ce groupe, moins connu, compte les méduses les plus urticantes de la planète. Malgré leur petite taille, leurs piqûres sont parfois mortelles.
- Stauroméduses : méduse fixées, en forme de flûte de champagne et proches morphologiquement des polypes coralliens. Peu connues, elles vivent accrochées aux substrats.
À côté d’elles, les siphonophores, cousins des méduses, appartiennent aux hydrozoaires. Ce ne sont pas des individus, mais des colonies pouvant atteindre, chez certaines espèces comme le siphonophore géant, les 50 mètres de long ! La galère portugaise, Physalia physalis, dérive quant à elle en surface, portée par les vents.

L’étonnant monde des “fausses méduses”
Lors de vos paliers, vous pourrez croiser d’autres organismes gélatineux et translucides, parfois confondus avec les méduses. Beroe sp. et la ceinture de Vénus Cestum veneris sont des cténaires et non des méduses : dépourvus de cellules urticantes, ils sont inoffensifs. Les grandes colonies de salpes, semblables à de longs rubans translucides, sont en réalité plus proches des vertébrés car ce sont des tuniciers, tout comme le pyrosome géant (Pyrostremma spinosum), dont les énormes colonies peuvent atteindre 20 mètres de long et 10 mètres de diamètre – de quoi engloutir un plongeur !

Méduses : taille et dangerosité n’ont rien à voir
Ne vous fiez pas à la taille d’une méduse pour juger de sa dangerosité ! Certaines, comme la méduse à crinière de lion (Cyanea sp.), atteignent 3 m de diamètre et des tentacules de 30 m, mais s’avèrent peu urticantes. À l’inverse, la guêpe de mer (Chironex fleckeri) d’Australie, à l’ombrelle de seulement 30 cm, est l’animal marin le plus venimeux du monde : sa piqûre peut provoquer des arrêts respiratoires et cardiaques. D’ailleurs, des panneaux en Australie signalent le danger de ces méduses sur les plages.
Rassurez-vous : dans la plupart des cas, surtout en Europe, les méduses sont peu dangereuses sauf en cas d’allergie. En restant prudent et respectueux de l’animal, leur rencontre restera un souvenir fascinant !

Des méduses dans votre assiette ?
En Asie, la méduse est un aliment traditionnel : elle se consomme séchée, en salade ou en brochettes, et entre même dans la composition du nougat dans certaines régions. Si leur consommation reste anecdotique en Europe, elle fait figure de mets raffiné sur d’autres continents.

Méduses et médecine : un potentiel insoupçonné
Le potentiel des méduses intéresse également les chercheurs. Au XIXe siècle, aux Pays-Bas, les personnes souffrant de rhumatismes prenaient des bains… d’aurélies ! En médecine chinoise, les méduses sont employées contre l’arthrite, l’hypertension ou le mal de dos.
Le venin des cnidocytes suscite un vif intérêt pharmaceutique et pourrait inspirer de nouveaux médicaments. Le collagène de méduse, notamment celui des rhizostomes, séduit déjà la cosmétique et la recherche médicale : il servirait à créer bandages et cicatrisants pour brûlures.
Par ailleurs, la médaille Nobel est revenue en partie à une méduse ! Aequorea victoria est célèbre pour ses protéines fluorescentes utilisées en biologie cellulaire et la compréhension de nombreuses maladies. Une autre espèce, Turritopsis dohrnii, détient le record d’immortalité : en cas de danger, ses cellules peuvent se transformer et redevenir polype, d’où son surnom de « méduse immortelle ».

Que faire en cas de piqûre de méduse ?
Pas de panique : dans nos eaux, les piqûres de méduses sont rarement mortelles, même si celles de Pelagia noctiluca peuvent être fort douloureuses. En cas de piqûre :
- N’utilisez pas d’eau douce : lavez la zone à l’eau de mer uniquement.
- Saupoudrez de sable ou de mousse à raser (ou de farine), laissez sécher puis raclez doucement avec une carte rigide pour retirer le plus de filaments possible.
- Évitez vinaigre, alcool, urine et crèmes anti-inflammatoires.
- En cas de besoin, appliquez une pommade à la cortisone, une crème pour brûlures ou de la vaseline.
Si vous êtes allergique, consultez rapidement un médecin, qui prescrira éventuellement des antihistaminiques.

Participez à la science citoyenne !
Croiser une méduse peut être l’occasion de faire avancer la science : certaines découvertes d’espèces se sont faites grâce aux observations des plongeurs ! N’hésitez pas à signaler vos rencontres sur des plateformes participatives comme :
- DORIS (Données d’Observations pour la Reconnaissance et l’Identification de la faune et de la flore Subaquatiques)
- L’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) du Muséum National d’Histoire Naturelle
- La cartographie des méduses en Méditerranée
En participant à ces programmes, vous contribuez à mieux comprendre la présence et la répartition de ces fascinantes habitantes de nos mers.
Cet article, initialement écrit par Pascaline Bodilis-Guillemain pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.


