L’ancienne mine d’uranium de Kowary, fermée dans les années 60, offre aujourd’hui une expérience unique aux plongeurs. En explorant ses tunnels inondés, les visiteurs peuvent ressentir l’écho du passé, marqué par les souffrances des mineurs exposés à la radioactivité.
Un passé minier troublé
Située dans la charmante ville de Kowary, à l’ouest de la Pologne, cette mine a vu le jour peu après la Seconde Guerre mondiale. Fondée le 1er janvier 1948 par l’entreprise d’État « Kowarskie Kopalnie », elle a attiré de nombreux réfugiés en quête d’un emploi dans une industrie minière en plein essor. Stanisław Jasiński, l’un des premiers mineurs, a commencé à travailler dans le puits près du village de Podgórze (powiat de Zgorzelec, voïvodie de Basse-Silésie). Sans formation, il n’avait qu’une pelle et une pioche pour travailler, ignorant la nature radioactive du minerai qu’il extrayait. Les mineurs étaient tenus au secret, et ceux qui parlaient risquaient de disparaître mystérieusement.

Les dangers invisibles
Les mineurs, comme Stanisław Moszkowski, ont rapidement réalisé les dangers de leur travail. Après cinq ans à trier le minerai, il a constaté des effets néfastes sur sa santé, avec des morceaux de peau se détachant de ses mains. Anatol Moszkowski, qui a commencé à travailler à la mine à 18 ans, a reçu des conseils d’un ingénieur russe : “Si tu veux vivre, évite les endroits où l’aiguille de Pietiorka oscille beaucoup !” Ce n’est qu’après plusieurs années que les mineurs ont compris la nature de leur travail et les risques liés à l’uraninite, le minerai radioactif qu’ils manipulaient.
En 1963, l’exploitation de la mine a cessé, laissant de nombreux mineurs souffrir de maladies graves liées à l’exposition aux radiations.

Un paysage de contrastes
Les monts des Géants, ou massif de Karkonosze, sont un véritable joyau naturel, attirant des touristes pour leurs forêts denses et leurs stations de ski. La ville de Kowary, bien que moins connue, possède son propre charme, notamment grâce à l’ancienne mine de Podgórze. Dans les années 70, un inhalateur avait même été installé dans un tunnel, prétendant que l’exposition au radon pouvait traiter certaines maladies, une théorie paradoxale au regard des effets sur les mineurs.
Accès à la mine
En mars, le village de Podgórze est encore sous la neige, rendant l’accès à la mine difficile. Heureusement, des quads sont disponibles pour transporter les plongeurs et leur équipement jusqu’à l’entrée de la mine. Avant de plonger, il est nécessaire de remplir les formalités administratives.
L’histoire du train jaune
Devant l’entrée de la mine, un wagon jaune rappelle le passé. Il transportait autrefois 21 mineurs à chaque trajet, inconscients des dangers de l’uraninite et du radon. L’équipe de plongée suit le même itinéraire que les mineurs d’autrefois, s’arrêtant pour admirer des objets en verre dopés à l’oxyde d’uranium, qui brillent sous les ultraviolets.

Exploration des tunnels
Le puits vertical, qui relie les 12 niveaux de la mine, est une véritable artère souterraine. L’eau s’infiltre par les fissures de la roche, créant un ruisseau dans la galerie principale. Lorsque la mine a fermé, les pompes ont cessé de fonctionner, entraînant l’inondation des niveaux inférieurs.
Une immersion troublante
La descente dans le puits inondé est impressionnante. À 520 mètres de profondeur, l’étroitesse du passage rend la plongée délicate. Les plongeurs se retrouvent rapidement dans des tunnels sombres, à la recherche de traces d’uranium. L’atmosphère est lourde, et chaque bruit résonne dans le silence oppressant.
La libération
Après avoir exploré les profondeurs, remonter à la surface est une libération. L’air, bien que vicié, semble revigorant. Les murs sombres de la mine, qui paraissaient menaçants à l’entrée, semblent moins effrayants maintenant. L’histoire des mineurs, marquée par des souffrances et des secrets, demeure présente dans chaque recoin.
Informations pratiques
- Site de plongée : le plus profond de Pologne
- Longueur des tunnels : 22 km
- Certificat de plongée souterraine requis
- Contact : Filip Długosz, responsable de la plongée : +48 604 057 342
Pour plus d’informations, vous pouvez consulter la page Facebook Nurkowanie w Kowarach.

Conclusion
L’exploration de l’ancienne mine d’uranium de Kowary offre une plongée fascinante dans un passé complexe, marqué par des histoires de courage et de souffrance. En naviguant dans ses tunnels inondés, les plongeurs peuvent ressentir l’écho des vies qui ont été profondément affectées par les dangers invisibles de la radioactivité.
Cet article, initialement écrit par Pieter Bruno pour notre édition papier, a été adapté pour le web.
Photos : Pieter Bruno.



