Photos © Steven Weinberg et François Libert
Il existe plus de 130 espèces de poissons-papillons! Qu’ils nagent seuls, en couple, ou en banc, ces poissons colorés se retrouvent souvent dans les premiers mètres d’eau, près des récifs coralliens, ravissant ainsi les photographes.
Les poissons-papillons : des joyaux des récifs
Sous les tropiques, les plongeurs sont fréquemment confrontés aux poissons-papillons, appartenant à la famille des Chaetodontidae. Plus de la moitié d’entre eux se nourrissent de corail (polypes ou mucus), ce qui les limite à des profondeurs réduites. Ces poissons se distinguent par :
- Un corps en forme de disque, très élevé et fortement comprimé latéralement.
- Une nageoire anale symétrique à la dorsale molle.
- Une bouche terminale dotée de fines dents en peigne (le nom Chaetodon signifie « dents en soies »).

Selon les espèces, les poissons-papillons peuvent être observés seuls, en couple, en petits groupes, ou en grands bancs. Cette diversité de couleurs et de comportements fait le bonheur des photographes sous-marins. Cependant, avec plus de 130 espèces, cet article ne peut tous les présenter. Pour une exploration plus exhaustive, consultez notre guide de l’Indo-Pacifique, qui a inspiré cet article.

La richesse des couleurs
Comme d’autres poissons (poissons-anges, poissons-perroquets, labres), les poissons-papillons arborent des couleurs éclatantes. Mais qu’est-ce qui explique ces palettes variées ? L’évolution joue un rôle crucial. Les mutations entraînent des variations (taille, forme, couleur), suivies par la sélection naturelle. Si une mutation est avantageuse, le porteur a de meilleures chances de survivre (la « survie du mieux adapté » selon Charles Darwin) et transmet ces gènes à sa descendance. À l’inverse, les traits désavantageux sont rapidement éliminés.

Dans un environnement où chasseurs et proies cherchent à se camoufler, comment expliquer les couleurs vives des poissons-papillons? Deux raisons principales peuvent l’expliquer :
De nombreux poissons ne perçoivent pas les couleurs de manière aiguë.
Les couleurs chaudes (rouge, orange, jaune) deviennent rapidement invisibles sous l’eau, prenant des teintes gris-vert.
Ainsi, ces couleurs vives, bien qu’acquises par mutations, n’entravent pas leur survie. Ce qui compte, c’est de rester discret. Parmi les stratégies pour y parvenir, cacher leurs yeux ou suggérer de faux yeux plus imposants – un phénomène appelé ocelles. Les poissons-papillons excellent dans ces tactiques!

La reproduction est également un élément clé : chaque espèce doit être identifiable pour éviter le gaspillage d’énergie et de gamètes. Chaque espèce possède sa propre coloration, facilement reconnaissable, surtout parmi les espèces sympatriques. Pour les espèces allopatriques, qui ne partagent pas ou peu d’habitat, la similitude n’est pas problématique.
Comportements sociaux
Les poissons-papillons sont souvent vus en couple, renforçant l’image d’un amour parfait. Toutefois, des individus solitaires ou des bancs de plusieurs dizaines peuvent aussi être observés. La diversité des comportements enrichit notre compréhension de leur mode de vie.

Variabilité de la couleur
Les poissons-papillons possédant des teintes proches du jaune représentent un défi pour les plongeurs. Comment les différencier ? Bien que cela soit difficile, c’est possible avec une attention particulière. Tous ces poissons jaunes partagent des préférences pour les habitats coralliens et une alimentation corallivore. Le jaune, le blanc et le noir dominent, mais pas toujours en proportions identiques.
Exemples d’espèces jaunes :
- Chaetodon speculum – On reconnaît le papillon à miroir (Chaetodon speculum) à sa livrée minimaliste : seule la tache noire sur ses flancs et la raie noire en travers de son œil viennent briser l’uniformité de sa robe jaune. Bali, Indonésie.

- Chaetodon interruptus – Outre les marques sur ses flancs et le noir qu’il porte sur l’arrière de ses nageoires, le papillon à larme de l’océan Indien (Chaetodon interruptus) se reconnaît aussi à son museau très carré. La tache noire exhibe parfois un délavé vers le bas, comme une larme qui coule… Île de La Réunion.

- Chaetodon zanzibarensis – Le papillon de Zanzibar (Chaetodon zanzibarensis) se caractérise par des rangées d’écailles marquées d’une tache sombre, ainsi qu’une bande oculaire foncée à liseré blanc. Île de La Réunion.

- Chaetodon bennetti – Les deux lignes blanches sur les flancs, la ligne noire barrant l’œil au liseré blanc, et l’ocelle parfois entouré de sombre, sont propres au papillon de Bennett (Chaetodon bennetti). Raja Ampat, Indonésie.

- Chaetodon flavirostris – Le papillon à nez jaune (Chaetodon flavirostris) est majoritairement gris anthracite, le jaune étant confiné au museau et à l’arrière des nageoires impaires et du dos. Il est également reconnaissable à la bosse qu’il porte sur le front à l’âge adulte. Nouvelle-Calédonie.

Changement de livrée selon l’heure
Les poissons-papillons montrent des variations de couleur selon leur état et l’heure du jour. La nuit, ils adoptent souvent des robes sombres pour mieux se cacher. De plus, les juvéniles peuvent apparaître différents de leurs homologues adultes.
Observations nocturnes :
- Chaetodon vagabundus juvénile– Le juvénile du papillon vagabond (Chaetodon vagabundus) possède une nageoire caudale transparente et une tache noire à l’arrière de la deuxième dorsale. Son profil est également bien différent de celui de l’adulte. Île de La Réunion.

- Chaetodon vagabundus adulte – La livrée de l’adulte du papillon vagabond (Chaetodon vagabundus) s’est enrichie d’une troisième barre noire verticale, sur la nageoire caudale cette fois. Alor, Indonésie.

- Chaetodon vagabundus de nuit – De nuit, le papillon vagabond (Chaetodon vagabundus) tente de dissimuler ses motifs aux lignes perpendiculaires sous une tache sombre qui rompt la géométrie de sa livrée. Komodo, Indonésie.

- Chaetodon trifascialis juvénile – deux barres noires verticales, queue jaune à frange noire se terminant sur une frange transparente. Île de La Réunion.

- Chaetodon trifascialis adulte – L’adulte du papillon à chevrons (Chaetodon trifascialis) ne possède plus qu’une seule barre verticale et sa queue est noire bordée de jaune ! Île Europa, canal du Mozambique.

- Chaetodon trifascialis la nuit – De nuit, Chaetodon trifascialis revêt une robe totalement différente, dont les motifs géométriques sont masqués par l’assombrissement de son dos et des taches blanches. Mer Rouge, Égypte.

Masques et camouflage
Les yeux des poissons-papillons sont souvent masqués par des marques noires ou d’autres teintes. Ce camouflage a pour but de rendre la tête moins discernable pour les prédateurs, surtout lorsque renforcé par des ocelles, qui simulent des yeux supplémentaires.
Exemples d’espèces avec camouflage :
- Chaetodon guttatissimus – Chez le papillon moucheté (Chaetodon guttatissimus), la ligne noire masque à peine l’œil. La robe ponctuée de ce joli papillon est bordée d’un liseré dépourvu de taches et relevée d’une petite touche d’orange à l’arrière de la dorsale. Île de La Réunion.

- Chaetodon xanthocephalus – Le papillon à tête jaune (Chaetodon xanthocephalus) n’a pas peur de montrer son œil… Sa robe jaune et blanche aux couleurs du Vatican est digne de celle d’un pape ! Maldives.

- Chaetodon ephippium – Le papillon à selle noire (Chaetodon ephippium) est une espèce de grande taille très colorée, qui semble sorti tout droit d’un tableau abstrait. Une œuvre d’art de Dame Nature ! Komodo, Indonésie.

Diversité dans la famille
Outre le genre Chaetodon, d’autres genres de la famille des Chaetodontidae méritent d’être mentionnés. Certains ont des museaux longs, leur permettant d’atteindre des proies dans les crevasses des récifs, tandis que d’autres présentent des formes atypiques.
Autres genres à explorer :
- Forcipiger longirostris – Le poisson-pincette à très long nez (Forcipiger longirostris) possède le museau le plus long de tous. Son œil disparaît totalement au milieu de son front noir. Mais attention ! Le genre connaît encore deux autres espèces ressemblantes… Bali, Indonésie.

- Chelmon rostratus – Un couple de chelmons communs (Chelmon rostratus), la plus répandue des trois espèces du genre Chelmon, également reconnaissables à leur « bec » en pincettes. Raja Ampat, Indonésie.

- Hemitaurichthys polylepis – Le genre Hemitaurichthys compte 4 espèces, dont 2 à la robe gris uniforme. Le papillon pyramide jaune (Hemitaurichthys polylepis) est reconnaissable à sa pyramide blanche sur fond jaune. Raja Ampat, Indonésie.

- Heniochus chrysostomus – Un couple de cochers du Pacifique (Heniochus chrysostomus) au nez jaune et à la forme caractéristique pour le genre Heniochus, comptant au moins huit espèces. Manado, Indonésie.

Les poissons-papillons des Antilles
Il est important de noter que la mer des Caraïbes abrite seulement quatre espèces de poissons-papillons, un nombre dérisoire comparé à la centaine d’espèces de l’Indo-Pacifique. Cela s’explique par les effets des glaciations sur la faune tropicale de l’Atlantique.
Espèces emblématiques des Caraïbes :
- Chaetodon capistratus – L’ocelle sur l’arrière du poisson-papillon à quatre yeux (Chaetodon capistratus) est caractéristique de cette espèce, le poisson-papillon le plus commun des Caraïbes. Le faux-œil est bien plus visible que le vrai ! Bonaire, Caraïbes néerlandaises.

- Chaetodon striatus – Les bandes verticales sont le signe distinctif du poisson-papillon rayé (Chaetodon striatus). Ici, une fois de plus, l’œil est parfaitement camouflé derrière une ligne noire. Bonaire, Caraïbes néerlandaises.

- Chaetodon ocellatus – Un couple de poissons-papillons à tache dorsale (Chaetodon ocellatus), reconnaissable au petit point noir sur l’extrémité arrière de la nageoire dorsale. C’est le plus grand poisson-papillon des Caraïbes. Île de Cozumel, Mexique.

Cet article, initialement écrit par Steven Weinberg et François Libert pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.


