Angle couverture

Conseils Photo : Choisir le grand-angle en plongée de nuit

Si vous envisagez de faire de la photographie sous-marine de nuit, vous pensez souvent aux prises en « macro ». Cependant, pour des sujets spécifiques tels que les grands animaux (raies mantas, requins-baleines, etc.), un objectif grand-angle est essentiel. Mais son utilisation ne s’arrête pas là. Il est également parfait pour des plongées plus classiques, permettant de capturer des souvenirs uniques et d’ajouter une ambiance particulière à vos images.

Poulpe à long bras
Animal nocturne, le poulpe à longs bras chasse et déploie ses tentacules la nuit. A nous de savoir saisir sa meilleure pose.

Je ne reviendrai pas sur toutes les précautions à prendre lors d’une plongée nocturne : respect des consignes de sécurité, lampe de secours, binôme, météo, et préférence pour un site que l’on connaît bien de jour. L’objectif n’est pas de photographier la crevette cachée dans son trou ou le nudibranche nocturne vagabond, mais plutôt d’immortaliser de près des animaux de taille moyenne et de créer des ambiances plus originales.

La nuit, de nombreux animaux sortent, chassent et sont moins craintifs. L’idée d’utiliser un objectif grand-angle m’est venue en plongeant sur des sites familiers. J’observais des seiches, poulpes et murènes non pas repliés dans leurs tanières mais se déplaçant au-dessus des rochers, souvent en chasse et visibles dans leur intégralité. Avec un objectif de 60 mm ou 105 mm, je devais reculer de 2 à 3 mètres pour les photographier en entier, ce qui nuisait à l’éclairage et entraînait une accumulation de particules déplaisantes. Un soir, j’ai donc décidé d’utiliser le grand-angle.

Voir sa plongée différemment

Ainsi équipé, la plongée nocturne prend une toute nouvelle dimension. Il faut être conscient que le nombre de sujets photographiables est moindre en comparaison à la macro. Il est possible de revenir bredouille ou frustré, surtout si, par un curieux hasard, vous croisez le nudibranche de vos rêves, minuscule et à peine visible. La passion de la photographie est un chemin parfois difficile !

Les conseils que je donne pour un reflex s’appliquent également aux compacts. Toujours garder un convertisseur grand-angle dans une poche de votre stab est une sage précaution, car on ne sait jamais quand il sera utile. De nuit, le mode manuel est incontournable. Si vous laissez les automatismes décider, attendez-vous à des vitesses lentes, des ouvertures faibles et une profondeur de champ décevante, avec des arrière-plans gris.

Angle (2)
Les échanges de votre binôme peuvent apporter à vos images une ambiance bien particulière.

En ce qui concerne les réglages, un fond noir est prévisible. Cependant, une vitesse trop basse peut entraîner du flou de bougé et donner une ambiance grise. Je recommande une vitesse minimale d’1/125ème. Étant donné la proximité des sujets, favorisez une grande profondeur de champ avec une ouverture de f11 à f16. Les ISO modernes permettent des sensibilités élevées sans trop de bruit : 800, 1600, 3200…

Positionner ses éclairages

En général, la vision se concentre sur ce qui est devant soi. Les bras de flash ou les supports des phares n’étant pas dans le champ de vision, un bon réglage des angles de diffusion prend peu de temps et permet de mieux se concentrer sur l’approche du sujet. Toutefois, de nuit, la situation se complique. Il est essentiel d’avoir des réglages simples que vous maîtrisez, car les rencontres peuvent être fugaces.

De jour comme de nuit, les particules sont présentes, et le plancton apporte une difficulté supplémentaire. Privilégiez des éclairages écartés et orientés à 45° derrière le sujet. Astuce : une fois vos phares ou flashs en place, faites quelques essais sur un premier sujet pour vérifier les réglages (angles, distances, puissance).

Dessin aquapixel

Phares ou flashs

Chacune de ces options a ses avantages et inconvénients. Les phares éclairent une vaste zone, facilitant la recherche de sujets. En revanche, le plancton a tendance à s’accumuler autour des halos lumineux, nécessitant des pauses pour éviter une densité trop élevée. Toutefois, cela peut attirer des animaux comme les raies mantas ou les rascasses volantes à la recherche de festin.

Je recommande d’allumer les phares à faible intensité lors de la recherche. Une fois le sujet choisi, augmentez la puissance en vous rapprochant pour déclencher. Pour les sujets délicats, comme un gorgonocéphale, une approche rapide est essentielle pour obtenir une image réussie. Concernant les flashs, la lampe pilote produit un halo plus faible, réduisant les problèmes avec des animaux sensibles à la lumière. Une fois les réglages faits, il suffit de se positionner et de déclencher.

Approche du sujet

La seule lumière dont vous disposez la nuit provient des flashs ou des phares, ce qui nécessite des réglages simples, une grande ouverture et une vitesse élevée pour garantir une mise au point efficace. L’autofocus peut être trompé par les particules et le plancton. Optez pour la technique de l’hyperfocale (voir encadré) : passez l’autofocus en manuel et choisissez une distance de mise au point d’environ 80 cm, distance habile entre votre boîtier et votre palme.

Limitez-vous à des animaux d’environ vingt centimètres pour obtenir de bons résultats. Les rascasses volantes en chasse, les poissons perroquets endormis, les seiches et calamars ainsi que les gorgonocéphales déployés deviendront vos principaux sujets.

Seiche
Utiliser un grand angle offre la possibilité de réaliser autre chose que des portraits ou des détails comme cet oeil de seiche.

En résumé

Adaptez votre approche de la plongée nocturne et « sacrifiez » une de vos sorties pour tenter votre chance avec un objectif grand-angle. Visez à immortaliser l’ambiance et les rencontres que vous ferez. Votre portfolio en retiendra certainement une variété enrichissante.

Encadré : Qu’est-ce que l’hyperfocale ?

L’hyperfocale est une technique qui facilite la prise de vue en contrôlant manuellement la zone de netteté. L’ouverture détermine la profondeur de champ. En plaçant le point de mise au point manuellement, vous pouvez ajuster la zone de netteté vers l’avant ou l’arrière du sujet. En photographie sous-marine, il est préférable de privilégier une mise au point proche, assurant une zone de netteté débutant près de votre hublot.

Par exemple, si vous fixez votre mise au point à 80 cm avec un objectif de 16 mm à f5.6, vous obtiendrez une netteté de 60 cm à 100 cm. En ouvrant à f11, vous couvrirez 20 cm à 140 cm, et avec f16, vous atteindrez 10 cm à 150 cm. Pour plus de précision, consultez des abaques ou calculateurs existants.

Encadré : Jouer avec la lumière d’un autre plongeur ?

Si votre binôme possède un phare puissant, demandez-lui de l’utiliser comme source lumineuse. Il doit diriger son faisceau vers le sujet tout en s’orientant vers vous pour éviter d’avoir ses palmes en premier plan. Coupez tous vos éclairages et réglez votre appareil pour ne capter que sa lumière. Gardez une vitesse d’au moins 1/125ème pour éviter le flou et n’hésitez pas à ajuster les ISO. Pensez à un éclairage léger ou éloigné pour n’avoir que sa silhouette. Près de la surface ? Utilisez la lumière du bateau ou le reflet de la lune.

Note

Il est important de signaler que les plongées nocturnes proposées sont souvent des plongées crépusculaires. Ce n’est qu’à la fin de l’immersion que vous aurez la chance de voir la vie nocturne s’éveiller. Si possible, planifiez une mise à l’eau deux à trois heures après le coucher du soleil pour de belles rencontres.

Cet article, initialement écrit par Nicolas Barraqué pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © Nicolas Barraqué

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