Apnee couverture

La Nouvelle Vague de l’Apnée : Jeunes Talents, Immenses Profondeurs

Moins de 30 ans, et déjà tout des grands ! Passion, rigueur, détermination et humilité : tels sont les maîtres mots de cette jeune génération d’apnéistes en eau libre. Découvrez les secrets de ces athlètes d’une grande profondeur, au sens propre comme au figuré.

Léa, Eva, Dimitri et Anne-Sophie, entre 25 et 30 ans, réalisent déjà des performances exceptionnelles. Leur parcours force l’admiration. Plongeons au cœur de leurs histoires.

Apnee (7)
Daan Verhoeven

Léa Jolibois : La passion et la résilience au fond de l’eau

Installés au Café des Chineurs à Nice, Léa incarne une forme d’enfance prodige. En cinq ans, elle a vécu une vie d’aventures que beaucoup n’osent même pas rêver.

Tout commence sur le port de Nice, où elle passe des heures, enfant, à observer les poissons avec sa grand-mère. Cette fascination la conduit naturellement à la plongée sous-marine au club Rando Evasion de Villefranche-sur-Mer. Paradoxalement, cette période est aussi marquée par des peurs. « Un peu irrationnelles, sûrement dues à mes nombreuses lectures », confie-t-elle.

Apnee (1)
Daan Verhoeven

L’année 2018 marque un tournant décisif. Un matin d’été, malgré une cheville foulée, elle participe à une initiation à l’apnée. Sans palmes, sans bouteilles, guidée par un câble, elle descend. C’est le coup de foudre immédiat. Le lendemain, elle s’inscrit au CIPA (Centre international de plongée en apnée).

De dentiste à apnéiste : une conversion radicale

Étudiante en dentaire, Léa consacre tout son temps libre à sa nouvelle passion. Sa progression est fulgurante : en quelques mois, elle passe de 20 à plus de 50 mètres de profondeur. L’apnée, d’abord « inaccessible », devient une obsession.

En 2019, elle participe au Nice Abyss Contest aux côtés d’Eva et d’Anne-Sophie, et se qualifie dans la foulée pour l’équipe de France, atteignant 78 mètres de profondeur avec une facilité déconcertante.

Mais la réalité la rattrape. À deux semaines des Championnats du monde, son corps lâche et lui impose un squeeze (œdème pulmonaire) à l’entraînement. Une épreuve qu’elle surmonte avec une maturité impressionnante. « Ok, tu veux continuer, se dit-elle, mais on va poser des limites, et surtout essayer de progresser sur autre chose que des mètres de profondeur ».

S’ensuivent deux années d’introspection. Léa plonge davantage dans son mental que dans les profondeurs abyssales. Elle a besoin de comprendre, de réapprendre, et surtout, de ne plus se mettre en danger.

Apnee (5)
Daan Verhoeven

Elle découvre également l’importance de l’équipe, elle qui appréhendait l’apnée comme “le sport le plus individuel qui soit pour une personne plutôt réservée comme moi”. Désormais, elle plonge en toute conscience, par respect pour ceux qui veillent sur elle.

“Que l’apnée ne soit pas l’unique chose qui me définit me permet d’y mettre moins de poids”, explique-t-elle. Léa évoque avec enthousiasme ses entraînements à vélo, l’écriture de sa thèse sur l’intégration du scanner facial dans la planification numérique implantaire, et sa rencontre avec un requin-baleine en Thaïlande, lors de vacances en famille passées… sous l’eau.

  • Utopiste ou réaliste ? « Utopiste ! Dans la vie comme dans l’apnée, c’est quelque chose d’important pour moi ! »
  • Le Grand Bleu ou Sauvez Willy ? « Le Grand Bleu, évidemment ! J’en ai même fait un tatouage sur mon coude, qui d’ailleurs a été imaginé ici même, au Café des Chineurs, par mon meilleur ami ! »

Envie de suivre l’aventure de Léa ? Rendez-vous sur Instagram : @leajolibois

Eva André : L’amour de la profondeur et la rigueur comme alliée

Dans la Vieille-Ville de Nice, l’histoire d’Eva commence en 2019 chez Chango Diving, où elle passe son niveau 2 de plongée sous-marine. Elle en ressort apnéiste et amoureuse. Son formateur lui révèle que l’apnée, c’est bien plus que retenir son souffle. “Tu respires, tu te calmes, puis tu prends une grande inspiration et tu descends le long de cette bouée. »

Apnee (2)
Daan Verhoeven

Les sensations sont immédiates, et la profondeur, rapidement au rendez-vous. Voyant sa progression, elle s’oriente vers la compétition. “C’est la première fois que tu sens la pression sur ta cage thoracique que tu te dis : “Wahou ! Là, il se passe quelque chose !”, raconte-t-elle.

Pendant trois ans, Eva et son formateur s’entraînent ensemble. Aujourd’hui coachée, avec Dimitri, par Thomas Bouchard, elle conserve les valeurs fondamentales : passion et reconnaissance. Comme Léa, le Nice Abyss Contest confirme que l’apnée va changer sa vie. Sa monopalme, qu’elle décrit comme “hyper romantique” !, l’emmène toujours plus profond, atteignant 50, puis 60 mètres.

Pour Eva, la clé, “c’est d’aimer ça ! Si on a envie d’y aller, alors on peut devenir un bon apnéiste. Mais, comme un bon plat lorsque tu as faim, point trop n’en faut, ni trop souvent ». Elle a su conserver cette flamme, comme si chaque plongée était la première, ou la dernière. Elle vit sa passion collectivement : en accompagnant Marine Simonis aux Championnats du monde, en échangeant avec Guillaume Néry, et en partageant ses victoires avec ses apnéistes de sécurité.

L’aventure au coin de la rue : une philosophie de vie

“L’apnée a bousculé toute ma vie, reconnaît-elle, tout ce que je fais a une saveur différente. Mon existence est incroyable, et à chaque fois que je prends le bateau, je me dis que j’ai vraiment de la chance. Je me sens privilégiée.” Eva prône l’aventure en bas de chez soi : chacun peut enfiler un masque et observer les poissons. L’aventure est partout, si on sait la reconnaître.

Ses sponsors, Roches Marines, Phosphotech, Briston Watch, Le Slip Français, sont également « exceptionnels ». Étudiante préparant son CAPES pour devenir professeure de Sciences, elle peut ainsi se consacrer à sa passion. Suite à un post LinkedIn viral (plus de 200 000 vues), elle a eu l’embarras du choix des partenaires pour ses exploits. Sa philosophie : “Les plongées, elles sont pour moi. Pas question de me mettre la pression par rapport aux sponsors”.

Contrairement à Léa, Eva est claire : “Oui, la respiration fait du bien, mais ça ne doit pas être un remède : on ne va pas se mettre à faire des respirations carrées quand on est en colère !”.

  • Commandant Cousteau ou Sylvia Earle ? “Cousteau ! Déjà parce que je ne connais pas Sylvia Earle, et puis surtout, je trouve le personnage vraiment intéressant : il pose la question des convictions et du conformisme. Il a fait des erreurs dans sa manière de faire, mais s’en est rendu compte et a ajusté ses actions.”
  • En avance ou en retard? « Définitivement en avance ! J’ai été traumatisée par le portail fermé de l’école quand j’étais petite… Aujourd’hui, je suis toujours la première prête dans les vestiaires avant l’entraînement !”

Pour suivre Eva dans sa folle aventure, retrouvez-la sur Instagram : @evandre

Dimitri Chavasse : La détermination à toute épreuve

Sur le port de Nice, Dimitri, c’est l’histoire d’une vie cabossée, mais surtout d’un jeune homme sauvé par l’appel de l’eau. Il raconte sa première apnée : “C’était violent, dans les eaux noires et glacées du lac du Bourget”.

Apnee (4)
Daan Verhoeven

Ancien chasseur alpin puis scaphandrier, il découvre Guillaume Néry en 2018. En trois semaines, il quitte CDI, famille et amis pour s’entraîner avec celui qui deviendra son mentor. Après un bref retour en Haute-Savoie, sa décision est prise : il sera niçois et apnéiste. Son objectif : le record du monde de profondeur.

L’apnée est « une revanche sur la vie » pour celui qui a connu le pire. Pourtant, il avoue que l’apnée n’a jamais été une passion. S’il est là, “c’est pour la gagne, je ne suis là que pour les chiffres.” Il sait qu’en apnée, on devient meilleur avec l’âge.

Selon lui, s’il s’était entraîné au même rythme que les autres, il serait “encore à 50 mètres”. Il n’a commencé la compétition qu’en 2021, après Léa et Eva, car il avait « besoin d’être prêt ». À l’entraînement, il descend régulièrement entre 90 et 100 mètres.

La sécurité est primordiale. « S’il faut aller au carton, j’irai”. Victime d’une syncope à 88 mètres, il décrit cette remontée : ses yeux qui l’abandonnent à 50 mètres, son corps qui le porte jusqu’à 20 mètres, puis le lâcher prise, avant d’être secouru par les apnéistes de sécurité.

Six jours sur sept, Dimitri s’entraîne pour devenir le meilleur, guidé par Guillaume Néry, Cédric Palerme (son “papa de l’apnée”) et son coach Thomas Bouchard.

La narcose : un voyage surréaliste dans les profondeurs

Dimitri tient à évoquer la narcose, due à l’excès d’azote dans le sang, qui lui fait vivre des scènes surréalistes. “Tu te retrouves face à face avec toi-même. Il y a ton cerveau qui te dit “Je maîtrise », mais ton corps, lui, te dit “Ok, c’est fini, tu ne vas jamais remonter”. Il se retrouve nez à nez avec un éléphant, des plats de spaghettis, ou lui-même. « Il y a une étude scientifique qui a comparé la narcose à la prise de drogues dures, comme le LSD… ».

À 100 mètres de profondeur, son cœur ne bat plus qu’une fois toutes les quatre secondes. Chaque battement résonne comme un tambour. Il ressent l’appel du fond, « Tu viens de faire une chute libre, c’est tellement agréable…”. Le Grand Bleu n’est pas que de la fiction. « C’est surtout que tu sais qu’il va falloir déployer tellement d’efforts pour remonter, que tu te dis que finalement tu es bien au fond !”.

Comme Jacques Mayol, il se souvient de sa rencontre avec un dauphin joueur à Rangiroa. Il évoque aussi un petit poisson reconnaissant qu’il a sauvé.

  • Eau salée ou eau douce ? « Eau douce : c’est de là que je tiens mes racines ! »
  • Boulot ou dodo ? « Boulot… Je crois bien que j’aurai le temps de dormir quand je serai mort ! »

Dimitri cherche des sponsors. Pour l’aider, contactez-le par mail (dimitri.chavasse@outlook.fr) ou sur LinkedIn et Instagram, @dimitrichavasse.

Anne-Sophie Passalboni : La patience et la douceur abyssales

À Ajaccio, sur la plage Trottel, Anne-Sophie, apnéiste et journaliste à Corse Matin, nous rejoint. Après avoir grandi sur la Côte d’Azur, elle s’installe à Ajaccio en 2014. En 2018, elle réalise son rêve : nager avec les orques en Norvège.

Apnee (6)
Daan Verhoeven

De retour en Corse, elle s’inscrit chez Corsica Apnée. “C’était mon moment, se souvient-elle, ils m’ont mis le pied à l’étrier”. Des entraînements en piscine, elle passe à la pratique en mer au CIPA de Nice en 2019. Elle participe en 2021 au Nice Abyss Contest aux côtés d’Eva et de Léa, puis aux Championnats de France, et enfin, aux Championnats du monde. « Le poussin de l’équipe » descend à 57 mètres en immersion libre.

Elle insiste sur son besoin de « m’acclimater » avant de plonger en profondeur. Son entraînement est « un peu du fait maison ». Elle glane les conseils et les applique. Dimitri la coache lorsqu’elle doute. « Lui sur le vélo, raconte-t-elle, moi sur le tapis de course… Quelle souffrance ! Mais on endurait ça en équipe”. Son challenge : « réussir à apprendre ». « On voit grand, le poussin va peut-être prendre son envol !”.

Onde positive et esprit d’entraide

Les idées fusent quand on lui demande un moment marquant : sa première plongée à 50 m, ses descentes « toute petite, le long de l’ancre du bateau de mes parents », son ami chasseur sous-marin avec qui elle n’a jamais rien ramené. Elle se souvient de sa plongée à 57 mètres. Elle est marquée par l’esprit d’entraide qui émane de l’apnée. Sa philosophie : profiter de toutes les énergies positives.

Elle privilégie la détente à la souffrance. Cédric, de son club, doit lui rappeler qu’”il va falloir y aller, là !”. Licenciée à l’Apnea Club Ajaccien, elle aime l’honnêteté de son sport. “On ne peut pas forcer pour y arriver car, en apnée, plus tu forces moins tu arrives. Il faut être humble et ne pas tricher ». « J’ai envie d’y arriver ! Je ne sais même pas exactement à quoi, mais j’ai envie d’y aller, c’est ma force”.

  • Yoga ou méditation ? “Yoga ! On s’active, on bouge, c’est concret. La méditation, c’est trop abstrait… Et puis, je médite 8 heures par nuit, c’est déjà bien suffisant !”
  • Commencer tôt ou finir tard ? “Commencer tôt ! Les entraînements à 21 heures, ils me mettent en PLS ! Je crois que c’est une technique de flemmard : être sur-efficace, faire vite et bien dès le matin pour ne pas avoir à refaire ensuite !”

Vous souhaitez aider Anne-Sophie pour les Championnats du monde 2022 ? Contactez-la sur Instagram @annesopassa ou par mail annesopassalboni@gmail.com

Quand Corneille disait que “la valeur n’attend point le nombre des années” ! Léa, Eva, Dimitri et Anne-Sophie prouvent que l’apnée rime avec maturité et résilience. Chacun possède ses propres clés, si différentes et pourtant tellement complémentaires.

Cet article, initialement écrit par Marine Jacq-Pietri pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Partagez cette publication

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *