Malhabiles sur terre, les phoques s’avèrent être de talentueux nageurs et de véritables champions d’apnée ! Les populations de phoques se répartissent dans de nombreuses zones mondiales, allant des eaux polaires aux rives de la Méditerranée. Si certaines espèces prospèrent aujourd’hui, d’autres font face à de nouvelles menaces qui engendrent des actions de protection et des études.

Diversité des espèces de phoques
Le phoque annelé (Pusa hispida), le plus petit, mesure à peine 1,20 mètre. En revanche, l’éléphant de mer (Mirounga leonina) connaît des mâles dépassant souvent les 2 tonnes. Parmi les espèces fascinantes, on peut citer le phoque à capuchon (Cystophora cristata), avec sa protubérance faciale, ou le redoutable léopard des mers (Hydrurga leptonyx) et sa crinière de dents acérées.
Il existe 18 espèces de phoques, classées en 4 sous-familles, qui aident à comprendre leurs aires de répartition :
- Phocinés : Phoques de l’hémisphère nord, principalement dans les zones arctiques. Certaines espèces habitent également les côtes françaises (Manche et Atlantique Nord) et belges.
- Lobodontinés : Situés le long des côtes antarctiques, ils préfèrent également les eaux froides.
- Monachinés : Aussi connus comme phoques moines, ils habitent des eaux tropicales et subtropicales. Le phoque moine des Caraïbes (Monachus tropicalis) est éteint depuis 1950. Il reste deux espèces menacées : le phoque moine hawaïen (Monachus schauinslandi) et le phoque moine de Méditerranée (Monachus monachus).
- Eystophorinés : Cette famille est caractérisée par des mâles avec une protubérance, une crête ou une trompe sur la tête.

Ces nombreuses espèces présentent diverses caractéristiques. Certains sont sédentaires, comme le phoque veau-marin ou phoque commun (Phoca vitulina), tandis que d’autres effectuent des déplacements saisonniers ou migrent sur de grandes distances. Sur terre, leurs préférences varient : certains optent pour des surfaces glacées, tandis que d’autres se reposent sur des plages de sable ou des rochers. Le phoque moine de Méditerranée, quant à lui, préfère le confort d’une grotte.
Un corps parfaitement adapté à la nage
Bien que dodus et maladroits sur terre, les phoques possèdent un corps parfaitement adapté au froid et à la nage. Souvent confondus avec les otaries, les phoques ne disposent pas de pavillons auditifs (pas d’oreilles visibles). Leurs membres sont courts, et ils ont une couche de graisse importante qui leur permet de mieux résister au froid, expliquant ainsi leur répartition géographique différente par rapport aux otaries, qui préfèrent les eaux plus chaudes.
Cette adaptation leur confère un profil hydrodynamique presque parfait, faisant d’eux des nageurs plus performants que les otaries. Ils passent ainsi plus de temps dans l’eau et peuvent nager plus loin. En revanche, lorsqu’ils sont sur terre, les phoques avancent en se déplaçant sur leur ventre, par petits bonds, ce qui leur demande un effort considérable et les rend plus lents.

Ces carnivores sont des chasseurs opportunistes, se nourrissant de poissons côtiers, pélagiques ou benthiques, ainsi que de mollusques, crustacés et céphalopodes. Leur régime alimentaire varie selon les espèces et leur habitat. Par exemple, le phoque crabier de l’Antarctique se nourrit exclusivement de krill.
Capacités d’apnée exceptionnelles
Outre leur habilité à nager, les phoques sont aussi des champions de l’apnée. Leurs performances varient d’une espèce à l’autre, mais en général, les phoques réalisent des plongées impressionnantes en termes de profondeur et de durée.
- Les phoques marbrés se contentent d’apnées d’une minute à faible profondeur.
- Les phoques barbus plongent généralement une dizaine de minutes.
- Les phoques du Groenland, les veaux-marins et les phoques gris atteignent des plongées de 15 à 20 minutes, atteignant parfois 100, 200, voire 400 mètres de profondeur.

Les éléphants de mer sont les véritables champions, capable de plonger au-delà de 1 000 mètres et de rester sous l’eau pendant 2 heures. Cependant, leur plongée quotidienne se limite souvent à 200 ou 300 mètres. Certains phoques peuvent même dormir sous l’eau. Une étude récente de l’université de Santa Cruz, Californie, a montré que les éléphants de mer du nord (Mirounga angustirostris) ne dorment que 2 heures par jour en haute mer, contre 10 heures à terre, réalisant des micro-sommeils à -300 mètres pour échapper aux prédateurs.
Vie terrestre des phoques
Les phoques passent la majorité de leur temps dans l’eau, mais retournent à terre pour se reposer, se reproduire, mettre bas et muer. Ils choisissent toujours un endroit proche de l’eau pour pouvoir fuir rapidement en cas de danger. Chaque espèce a une période de mue annuelle, durant laquelle leur pelage se renouvelle en quelques semaines, leur apportant une nouvelle couche isolante. Cette démarche énergétique les empêche de chasser pendant un moment, entraînant une perte de masse graisseuse.

Lors de la mise bas, les femelles donnent naissance à un petit, ou veau, recouvert d’une épaisse couche de poils blancs, souvent surnommés blanchons. Ce pelage épais empêche les chiots d’entrer dans l’eau, mais les protège du froid durant les premières semaines. Grâce au lait riche de leur mère, les blanchons prennent rapidement du poids et perdent leur manteau protecteur au cours de leur première mue. Une fois sevrés, ils deviennent autonomes en mer. Les femelles phoques produisent l’un des laits les plus riches du règne animal. Après la lactation, elles perdent une grande quantité de leur masse graisseuse, limitant leur capacité à donner naissance à plus d’un petit par an.
Les menaces envers les phoques
Bien que certains phoques soient victimes de prédateurs naturels, leur plus grande menace vient de l’homme. Pendant des siècles, ils ont été chassés pour leur fourrure, leur viande et leur graisse. Au-delà de la chasse de subsistance, une chasse commerciale intensive s’est développée. Dans les années 60, la fourrure des blanchons était très prisée dans l’industrie de la mode. Heureusement, les mouvements de défense des animaux, notamment ceux menés par Brigitte Bardot, ont conduit à l’interdiction de cette chasse en 1987.

Ces pratiques ont pratiquement conduit à l’extinction de certaines espèces, comme les phoques gris, qui avaient complètement disparu de la baie de Somme dans les années 60. Aujourd’hui, bien que de nombreux pays aient interdit la chasse aux phoques et le commerce de produits dérivés, certains, comme le Canada, le Groenland et la Norvège, continuent de chasser sous des réglementations strictes.
De nos jours, la menace principale ne provient plus de la pêche, mais de la pollution environnementale et du réchauffement climatique, qui réduisent considérablement les habitats des phoques, notamment ceux qui dépendent de la glace. Au Canada, des blanchons ont été observés sur le rivage, à des kilomètres de leur banquise habituelle.
En s’installant près des côtes, l’homme a progressivement empiété sur les aires de vie de certaines espèces de phoques, qui ont dû déserté certaines colonies. Ces menaces représentent désormais des enjeux majeurs pour la recherche et les missions de protection des espèces.
Cet article, initialement écrit par Margot Harty pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Image d’ouverture © Greg Lecoeur.



