La réserve de Scandola, unique site de France métropolitaine honoré de ce titre, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Partie intégrante du Parc naturel régional de Corse, elle s’étend sur 900 hectares terrestres et 1000 hectares marins. Au-delà de son écosystème sous-marin florissant, elle abrite une avifaune riche, incluant faucons pèlerins, aigles royaux et balbuzards.
Un Paysage Marin Sculpté par le Volcanisme
L’image emblématique de Scandola est sans doute celle de ses falaises pourpres plongeant dans les eaux cristallines. Ces formations, sculptées dans le porphyre, une roche rouge, témoignent de l’activité volcanique passée de la péninsule.

Une Réserve Marine Pionnière en Corse
Créée en 1975, trois ans après la fondation du Parc régional de Corse en 1972, la réserve marine de Scandola est la plus ancienne de l’île. Ses limites sont restées inchangées depuis, et seuls quelques pêcheurs artisans bénéficient d’une autorisation spéciale pour exercer leur activité dans une zone délimitée. La plongée y est interdite.
François Arrighi, chef de pôle patrimoine du Parc naturel régional de Corse, explique ce choix par les spécificités géologiques de la réserve, caractérisée par de nombreuses failles et cavités. La préservation de ces formations délicates était jugée incompatible avec la présence de plongeurs débutants. La présence de corail rouge (Corallium rubrum) à faible profondeur, une autre particularité de Scandola, a également influencé cette décision, à une époque où ce précieux corail était souvent prélevé comme souvenir.

Bien que l’accès à la réserve soit interdit aux clubs de plongée, ils profitent pleinement des sites avoisinants, tel que Punta Muchillina au sud, qui offrent des paysages sous-marins tout aussi spectaculaires.
Scandola : Un Laboratoire Scientifique à Ciel Ouvert
Si les fonds marins de Scandola sont principalement rocheux, la réserve abrite également des herbiers exceptionnels. Dans les années 80, l’équipe du GIS Posidonie, dirigée par Charles-François Boudouresque, y a réalisé le premier balisage de la limite inférieure de l’herbier. La diversité des algues, avec plus de 400 espèces répertoriées (rouges, brunes et vertes), contribue à la beauté du paysage sous-marin et constitue un patrimoine précieux à protéger.

On y rencontre toutes les espèces méditerranéennes, ainsi qu’une belle diversité de mérous, dont le mérou brun (Epinephelus marginatus), la badèche (Epinephelus costae) et le mérou rouge (Mycteroperca rubra). Ces espèces sont régulièrement suivies par les équipes du GEM (Groupe d’Etude du Mérou) qui évaluent leur abondance et étudient la composition des populations.
Selon François Arrighi, lors de la dernière mission, les mérous semblaient moins nombreux, possiblement réfugiés en profondeur en raison de l’abaissement de la thermocline. Ce phénomène pourrait être temporaire. En revanche, les grandes nacres, suivies dans le cadre du programme LIFE-Pinnarca, n’ont pas réapparu, sauf dans les étangs. Seules les nacres épineuses (Pinna rudis) sont présentes dans les eaux de la réserve.
Changement Climatique : Un Défi Majeur pour Scandola
Comme d’autres sites naturels, Scandola est confrontée aux effets du changement climatique. François Arrighi souligne que la profondeur de la thermocline a augmenté ces dernières années, ce qui pose problème à certaines espèces. Des études récentes ont révélé des nécroses sur des colonies de gorgones jaunes (Eunicella cavolinii), ainsi que sur le corail rouge (Corallium rubrum). Les gorgones pourpres semblent mieux résister.

Le responsable du Parc naturel régional de Corse s’inquiète du rapprochement de ces épisodes de stress thermique, qui ne laissent pas suffisamment de temps à la nature pour se régénérer. Il appelle toutefois à la prudence dans l’interprétation des observations, rappelant que la biodiversité est soumise à des cycles naturels.
La gestion de la fréquentation touristique est un autre défi important. La réserve travaille en collaboration avec les bateliers pour mettre en place des mesures telles que la réduction de la vitesse dans certaines zones et l’évitement des sites de nidification des balbuzards.

Un projet de réserve régionale est à l’étude dans le golfe de Porto, s’étendant jusqu’aux limites de la mer territoriale. Cette nouvelle réserve pourrait permettre de réguler l’accès à certains sites de plongée, en fonction des niveaux et de l’encadrement, et de mettre en place des mouillages. Cette réflexion s’inspirera des exemples d’autres réserves marines.
François Arrighi conclut en exprimant sa conviction qu’il est possible de concilier préservation et activités humaines, et de parvenir à un développement durable, un terme qu’il juge parfois galvaudé.
Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.




