Longitude181 couverture

Véronique et François Sarano : « Il faut changer notre rapport au vivant »

Longitude 181 célèbre ses 20 ans! Véronique et François Sarano, parrains de l’édition 2023 du Salon de la plongée, poursuivent leur engagement. Ensemble, ils partagent leurs victoires, leurs espoirs et une nouvelle perspective sur le monde marin, avec émotion et détermination.

Longitude181 (2)
Remise des prix au Festival Galathea à Hyères en novembre dernier. © Marc Bravo

Réactions à la position de la France lors de la COP27

François : C’est une annonce formidable! Un engagement politique fort qui, espérons-le, incitera d’autres pays à agir. Cependant, cette belle déclaration ne doit pas occulter les incohérences en matière de protection des espèces marines. Par exemple, le soutien à la senne de fond ou le chalutage dans des aires protégées sont inacceptables. La France doit faire plus pour honorer son rôle d’organisatrice de la Conférence des Nations Unies sur les océans en 2025. Les premiers pas, comme le Sommet de Brest sous l’égide d’Olivier Poivre d’Arvor et d’Ashok Adiceam, témoignent d’une prise de conscience croissante.

Véronique : Ce positionnement est crucial, surtout venant d’un pays dont la voix compte sur la scène internationale. Pour que cela ait un impact durable, il est essentiel que cette volonté s’ancre dans les administrations. Nous attendons donc avec impatience les actions concrètes qui suivront cette annonce.

Évolution de la perception des océans

Véronique : La perception publique a indéniablement évolué. Il y a 20 ans, les termes « plongeur responsable » ou « plongée durable » étaient presque inconnus. Avant de lancer la Charte du plongeur responsable, nous avions d’abord fait circuler une pétition, grâce à Pierre Camus du magazine Oceans, pour savoir si les plongeurs seraient prêts à y adhérer.

Longitude181 (4)
Le souffle d’un jeune cachalot lors de cette première expédition méditerranéenne.

François : Aujourd’hui, de nombreux plongeurs, curieux et désireux de comprendre, ont modifié leur comportement grâce à la Charte. En revanche, un nombre croissant de plongeurs, consuméristes, ignore leur impact sur la mer et sur les communautés côtières, trop préoccupés par leur propre plaisir et par une recherche de sensations immédiates.

Changer de cible et de discours ?

François : De notre récente mission en Norvège, où nous avons étudié acoustiquement les orques et les baleines, il ressort que certains jours, des « hordes » de plongeurs entouraient les animaux. Cela nuit à toute rencontre respectueuse. Ces comportements appellent des régulations strictes alors qu’ils devraient favoriser l’épanouissement. Les voyagistes et moniteurs doivent devenir de véritables mentors du respect, plutôt que de se comporter comme de simples commerçants. Notre action doit se diriger vers ceux qui influencent les plongeurs, car, malgré nos efforts, nous n’avons pas encore touché à la responsabilité citoyenne individuelle.

Véronique : Il est crucial d’éveiller la curiosité des jeunes sans leur faire porter le poids des erreurs des adultes. Nous devons élargir notre audience au-delà des plongeurs, en impliquant d’autres citoyens encore indifférents à la vie marine. Adapter nos récits et méthodes sera essentiel pour renforcer notre impact.

Une belle victoire : la protection des requins en Polynésie

Véronique et François : Sans aucun doute, notre plus belle victoire est la protection des requins en Polynésie française. En 2003, ces créatures étaient menacées par le finning. Notre pétition a recueilli 40 000 signatures authentiques, soumises au gouvernement polynésien. Cela a conduit en 2007 à l’adoption d’une loi interdisant leur pêche et commerce dans tout le territoire. D’autres pays, comme Palau et les Maldives, ont suivi notre exemple. Une impressionnante victoire!

Longitude181 (3)
Lors du Festival Galathea 2022 parrainé par Véronique et François Sarano. © Dominique Barray.

Mission Whale Way et étude des cachalots

Véronique : À l’île Maurice, nous avons observé un clan de cachalots pendant dix ans, nous permettant d’analyser leurs relations sociales. En Méditerranée, nous étudions surtout des jeunes mâles qui ont quitté leurs clans. Cette mer presque fermée offre des occasions uniques d’approfondir notre compréhension de cette espèce fascinante.

Une approche novatrice de la biodiversité marine

François : Les cachalots du clan de « Irène Gueule Tordue » nous montrent que chaque individu a sa propre personnalité. Il est vital de reconnaître chaque être vivant pour appréhender la biodiversité. Chacun d’eux tisse ses relations avec son environnement, ce qui définit son existence. Cela nous rappelle notre place dans le monde naturel.

Véronique : Les primatologues ont compris que chaque individu a une personnalité. Malheureusement, dans le monde marin, les animaux sont souvent perçus comme interchangeables. Ce changement de perspective que nous prônons est philosophique; reconnaître chaque créature incite à la protéger.

Un regard positif sur la protection des océans

Véronique : L’océan montre une résilience remarquable. Des initiatives comme le moratoire sur la chasse aux cétacés ou le Parc national de Port-Cros le prouvent. Les mesures de protection portent leurs fruits! Il est impératif de créer davantage de réserves marines où les prélèvements sont interdits, permettant au public de renouer avec la nature.

François : Les réserves doivent favoriser l’éducation et l’épanouissement. La surfréquentation à Port-Cros est un exemple de la nécessité de multiplier ces espaces. L’océan est naturellement plus résilient que la terre ferme et peut restaurer plus rapidement les écosystèmes, rendant notre impact réversible.

Petits gestes, grands changements

Véronique : Avec la campagne « Ici commence l’océan », nous incitons chacun à agir. Ne restons pas passifs en attendant des décisions d’en haut! Nos petits gestes peuvent inspirer d’autres et établir des connexions positives. Quand on commence à changer nos pratiques, on réalise que ce n’est pas si compliqué!

Cet article, initialement écrit par Véronique et François Sarano pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © Longitude 181, Marc Bravo, Dominique Barray

Partagez cette publication

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *