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Plongées de nuit sur le sable de Méditerranée

On entend souvent dire qu’il n’y a rien à voir sur le sable, qui ne présenterait d’intérêt que pour des exercices techniques. Certes, en plein jour, les rencontres sont rares. Mais, la nuit dévoile un monde vibrant et original pour ceux qui osent s’y aventurer !

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La téthys, le plus grand nudibranche de Méditerranée, a des allures d’animal fantastique mais elle est bien réelle et fait le bonheur des plongeurs chanceux. © Pascal Girard

Les secrets des plongées nocturnes

Les plongées de nuit se déroulent généralement sur des fonds rocheux, et peu de plongeurs s’aventurent sur le sable. Souvent menées au crépuscule, elles offrent une expérience unique lorsque l’obscurité totale s’installe.

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Les hippocampes sont discrets, timides et savent très bien faire tourner la tête des plongeurs photographes. © Pascal Girard

Dans cette nuit profonde, notre champ de vision est limité à l’éclat de notre lampe. Cette attention portée sur un espace restreint est un atout sur le sable, où chaque détail, forme ou aspérité peut receler une surprise. Certains animaux, véritables maîtres du camouflage, deviennent enfin visibles.

Dormeurs ou chasseurs

Les poissons actifs de jour ralentissent leur rythme nocturne. Ainsi, des espèces comme le marbré (Lithognathus mormyrus) se laissent approcher, souvent partiellement enfouis dans le sable. Il est crucial de ne pas les déranger. D’autres espèces, comme le denti (Dentex dentex), le pagre (Pagrus pagrus) et le pageot (Pagellus erythrinus), changent de couleur pour se faire plus discrets, un véritable « pyjama » qui complique leur identification.

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Le grondin-perron est un étrange poisson capable de « marcher » sur le fond. La face intérieure de ses nageoires pectorales fait penser aux celles du plumage du paon. © Pascal Girard

Certains poissons, comme le sar commun (Diplodus sargus) ou le sar à tête noire (Diplodus vulgaris), déploient leurs nageoires dorsales pour paraître plus imposants. Le congre (Conger conger), habituellement caché de jour, sort la nuit pour chasser. Rencontrer un congre adulte de près est toujours impressionnant ! Mentionnons également le congre des Baléares (Ariosoma balearicum), qui préfère se cacher dans le sable, et la donzelle (Ophidion rochei), identifiable grâce à ses barbillons. Les loups (Dicentrarchus labrax) profitent de l’agitation de vos palmes pour se rapprocher. Un palmage adéquat avec des genoux pliés est essentiel pour ne pas soulever le sable et préserver la visibilité.

Détail de la faune cachée

Pour ne pas effrayer des espèces comme le serpenton imberbe (Dalophis imberbis) ou le serpenton à long nez (Ophisurus serpens), qui ne montrent souvent que leur tête, il faut avancer lentement. Les poissons plats, bien camouflés, se confondent avec le fond, rendant leur identification délicate. La petite sole jaune (Buglossidium luteum) se distingue par ses stries noires, tout comme le rombou (Bothus podas) et la barbue (Scophthalmus rhombus).

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Le poisson-lézard, avec ses dents pointues bien visibles, est un redoutable prédateur prêt à bondir sur ses victimes. © Pascal Girard

Les gobies de sable (Pomatoschistus sp.) sont également discrets, tout comme les dragonnets (Callionymus sp.), souvent partiellement enfouis. Le syngnathe mystère de l’Espiguette, sans nom scientifique, imite une feuille de posidonie morte.

Raies et autres merveilles

Le sable est un lieu privilégié pour observer des raies. La raie pastenague (Dasyatis pastinaca) et la raie-aigle (Myliobatis aquila) se rencontrent aussi sur les fonds rocheux. Parmi les espèces typiques des fonds sableux, la raie étoilée (Raja asterias) est particulièrement proche, avec ses points blancs. La raie torpille marbrée (Torpedo marmorata) et la torpille ocellée (Torpedo torpedo) sont des raies électriques, capables de décharges.

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Ambiance électrique avec la torpille ocellée et ses tâches bleues très caractéristiques (en général 5). Attention toutefois à ne pas prendre de décharge ! © Pascal Girard

Les vives, bien que redoutées, sont fascinantes. On peut croiser la grande vive (Trachinus draco) et la vive araignée (Trachinus araneus). L’uranoscope (Uranoscopus scaber) et le poisson-lézard rayé (Synodus saurus) ajoutent à l’émerveillement. Les grondins, comme le grondin perlon (Chelidonichthys lucerna), impressionnent par leurs nageoires pectorales colorées et leur capacité à « marcher » sur le sable. Le grondin volant (Dactylopterus volitans) semble planer au-dessus du fond.

La vie des crustacés

Parmi les crustacés, la caramote (Penaeus kerathurus) se rencontre fréquemment aux côtés de Bernard-l’hermite et du crabe masqué (Corystes cassivelaunus), qui utilise sa corne comme tuba.

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L’étoile-peigne de Johnston est l’une des six espèces d’étoiles-peignes de Méditerranée. Elle se désensable la nuit pour aller trouver sa nourriture. © Pascal Girard

Les étoiles de mer, souvent en mouvement sur le sable, contrastent avec celles des fonds rocheux. L’étoile-peigne (Astropecten aranciacus) peut atteindre 60 cm, tandis que l’ophiure de sable (Ophiura ophiura) est plus discrète. Les oursins de sable (Echinocardium sp.), formant de petites masses blanches, se cachent généralement dans le sable.

Limaces et mollusques

Certaines limaces, comme la téthys (Tethys fimbria), le nudibranche le plus grand de Méditerranée, se désensablent la nuit pour chasser. L’armine tigrée (Armina tigrina) laisse derrière elle un sillon.

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L’animal tigre est un nudibranche zébré qui sillonne l sable à la recherche de sa nourriture constituée d’alcyonaires. © Pascal Girard

Les escargots de mer sont moins connus vivants ; les natices se déplacent avec un large pied et perforent les coquillages. D’autres, comme la nasse changeante (Tritia mutabilis) et le cyclope néritoïde (Tritia neritea), aident à nettoyer les fonds marins.

Sépioles et céphalopodes

Les céphalopodes, souvent présents, révèlent leur beauté. Les sépioles, miniatures, sont à la fois méfiantes et photogéniques. Les calmars, attirés par la lumière, peuvent s’approcher de votre lampe. Les seiches (Sepia officinalis), quant à elles, sont d’incroyables prédateurs.

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Cachée sous le sable le jour, la sépiole sort la nuit pour chasser et charmer les très rares plongeurs qui son regard. © Pascal Girard

Les mollusques bivalves se cachent souvent sous le sable, leur présence trahie par deux siphons visibles. Les bucardes, comme la bucarde tuberculée (Acanthocardia tuberculata), sont parfois aperçues hors du sable.

Découvrez un monde fascinant

Vous l’aurez compris, la plongée nocturne sur le sable réserve un éventail de découvertes. C’est un univers à explorer en toutes saisons.

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Le crabe corset est unique en son genre avec ses antennes qu’il joint pour former une sorte de tuba lui permettant de respirer sous le sable. © Pascal Girard

Vie fixée

Le sable, bien que peu propice à l’ancrage, accueille des animaux comme l’anémone andrésie (Andresia parthenopea) et le ver lanice (Lanice conchilega), qui s’attachent au sol. La pennatule grise (Pteroeides griseum) peut se déplacer pour trouver un meilleur emplacement.

Élever les yeux

N’oubliez pas de lever la tête ! En pleine eau, vous pourriez apercevoir des méduses comme la rhizostome (Rhizostoma pulmo) ou la pélagie (Pelagia noctiluca), brillamment illuminées. Les cténophores reflètent aussi la lumière, tandis que les orphies (Belone belone) se montrent en pleine chasse.

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Les rayons épineux et venimeux de la grande vive sont situés sur la première nageoire dorsale, qui est noire. © Pascal Girard

Plongées depuis le bord

Explorer des sites peu fréquentés, c’est l’incertitude et l’excitation des plongées. Pratiquez une reconnaissance de jour et emportez un compas et une bouée de signalisation pour éviter de vous perdre dans ces vastes étendues de sable.

Au gré des saisons

La plongée de nuit est pratique toute l’année. Certaines espèces se rencontrent mieux en hiver, d’autres au printemps. L’hiver, les températures de l’eau peuvent tomber à 9-10 °C, l’été, elles sont plus clémentes. La visibilité reste meilleure en hiver.

Cet article, initialement écrit par Pascal Girard pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © Pascal Girard

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